Aleksandar Hemon, Le projet Lazarus

En 1908, Lazarus Averbuch, un juif ukrainien de dix-sept ans échappé des pogroms, immigre à Chicago. Dans des circonstances étranges, il est tué par le chef de la police.

Un siècle plus tard, hanté par la mort de ce garçon, Vladimir Brik - écrivain bosniaque exilé aux États-Unis - décide de se rendre en Europe pour écrire son histoire. Accompagné d'un ami photographe, il traverse l'Ukraine, différents pays de l'Est et rejoint la Bosnie. Tout au long de ce voyage, Brick ne cesse de poser des questions sur la guerre qui a déchiré son pays… Des histoires loufoques, invraisemblables et ténébreuses se superposent au roman rêvé de Lazarus. Brick comprend peu à peu que seule la fiction permet de voir ce qu'on ne peut imaginer, et de survivre à la constante disparition du monde.

Finaliste au National Book Award 2008, élu meilleur livre de l'année par le New York Magazine, ce roman, où le désespoir inspire un humour noir irrésistible, confirme le talent d'Aleksandar Hemon.

Un excellent bouquin plein d'un humour noir - j'ai adoré les histoire des Muja, sorte de “toto” bosniaque (certaines de ces histoires sont d'ailleurs véridiques, vérifications faites auprès de mes potes bosniaques).

Il y a juste, vers la fin de l'ouvrage, ces monologues intérieurs pseudos ontologico-philosophiques dont l'auteur aurait pu se passer - on comprend très bien, sans avoir à l'expliciter.

L’Amérique était obsédée par l’anarchisme. Des politiciens tempêtaient contre Emma Goldman, la dirigeante anarchiste, ils l’avaient baptisée la Reine Rouge, la femme la plus dangereuse d’Amérique… ; des prédicateurs patriotes divaguaient contre les périls coupables d’une immigration débridée, contre les attaques infligées aux libertés américaines et au christianisme américain. Des éditoriaux déploraient les faiblesses des lois qui permettaient à la pestilence anarchiste étrangère de se reproduire comme des parasites sur le corps politique de l’Amérique. La guerre contre l’anarchisme ressemblait à peu près à la guerre actuelle contre le terrorisme – il était drôle de voir que les vieilles habitudes ne mouraient jamais.

Je planais superbement parce que je lui élaborais un monde particulier, taillé sur mesure, car tant qu'il m'écoutait, il était en mon pouvoir.

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  • Dernière modification: 2018/10/05 07:48
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